Plein cadre

Dernier des trois actes de ma série « J’ai photographié des gens« . Si vous m’avez suivi jusqu’ici, vous connaissez déjà mes difficultés à photographier des gens. Mes premières tentatives étaient de loin et loin d’être convaincantes. J’avais alors pris conscience de la nécessité absolue de s’engager réellement vers ses sujets ce que j’avais essayé de mettre en pratique lors de ma « Tentative de rapprochement« .

Comme vous le savez, j’ai lu attentivement les e-books de Thomas Leuthard qui décrit sa pratique personnelle de la photographie de rue. Je dis bien personnelle, car il existe différentes approches. Celle de Thomas Leuthard est le « candid shot » : cela consiste à photographier des gens dans la rue sans leur demander la permission afin de capter une attitude naturelle. Dans sa pratique il y a très peu d’interaction avec ses modèles : une fois la photo prise il s’éclipse s’interdisant même d’avoir un seul contact visuel avec son sujet. Il motive cette attitude en expliquant qu’elle lui permet de s’impliquer plus facilement dans certaines scènes sachant qu’il n’aura pas à s’expliquer par la suite. Il veut également s’éviter tout risque de demande de suppression des images par les personnes qu’il photographie, ayant préparé à l’avance tout un argumentaire au cas où quelqu’un insisterait vraiment.

Je ne suis pas certain que cette attitude me convienne parfaitement du point de vue du rapport aux autres, mais j’avoue que cette technique est intéressante pour commencer à photographier des inconnus. Les timides y trouveront un alibi pour photographier sans trop s’impliquer personnellement. Elle leur permettra de faire les premières images, de prendre de l’assurance et d’entrer par la suite plus facilement en contact, soit après le cliché soit au préalable pour des portraits posés. C’est donc avec ces conseils que j’ai essayé de travailler et d’avancer un peu plus vers ma recherche des premières images de près : des portraits plein cadre.

Comme je l’avais dit dans mon article précédent, l’objectif pour le moment est surtout de prendre de l’assurance en photographiant plus rapproché, la recherche de la photo « intéressante » n’étant pas le but recherché pour ce premier exercice.

On peut commencer par prendre des chemins détournés : utiliser les reflets par exemple.

Les endroits touristiques et ceux ou il y a beaucoup de monde permettent de se fondre dans la masse en passant soi-même pour un touriste. Thomas Leuthard insiste sur ce point et propose par exemple de photographier aux passages piétons : cela permet de cadrer les gens qui attendent et de déclencer au moment où ils regardent les voitures arrivant (et donc vers votre objectif si vous avez choisi le bon côté). Les deux images qui suivent ont été prises dans ses conditions. Sur la première, la dame a visiblement vu que je la prenais en photo mais n’a rien dit n’étant pas sûre que c’était elle que je cadrais. C’est l’avantage des appareils compacts car à moins d’avoir à faire à un connaisseur des focales, les gens ne savent pas vraiment ce qui est dans le cadre : mon X100 est parfait pour cela.
Sur la seconde, j’ai clairement cadré ce touriste américain au milieu du passage piéton : il a cru que je cherchais à photographier la rue d’où son attitude gênée : « oops désolé, je suis dans le cadre ».


Mais l’idéal pour photographier des gens de façon relativement discrète et disposer d’occasions multiples est de se fondre dans la foule d’un évènement. J’ai donc profité des défilés du nouvel an chinois pour m’intéresser aux spectateurs plutôt qu’au défilé, j’en avais déjà parlé dans mon dernier article « Comment ne pas photographier de dragons au défilé du nouvel an chinois ». Voici le résultat de ces images prises à une distance d’environ 1m50. Comme vous le voyez la plupart des gens se prête volontier à l’exercie et affichent un sympathique sourire. Sourire que j’ai naturellement rendu après la photo, inutile de « s’enfuir » dans ces conditions.




D’autres sont plus surpris, ce qui donne une pose plus naturelle et neutre que j’apprécie particulièrement.

Pour ces quelques images « acceptables » il y a eu énormément de clichés ratés. Des images ratées en raison de la position des personnes, d’un mouvement brusque au moment ou j’ai déclenché, d’un cadrage approximatif, des occasions où je n’ai pas osé mais surtout un grand nombre à cause de défauts techniques. La plus grande difficulté est de faire vite et donc mettre au point rapidement. L’autofocus de mon X100 ne m’aide pas vraiment par sa relative lenteur : il m’a fait manquer beaucoup d’images. J’ai donc préféré passer en focus manuel et réglant la distance de mise au point au préalable à environ 1m50. En choisissant une ouverture assez grande, la profondeur de champ limitée (moins de 50cm) ne laisse pas beaucoup de latitude dans ces conditions : si vous ne vous approchez pas assez, la photo est floue. On peut d’ailleurs le voir sur certaines des images que j’ai néanmoins conservées. Il y a donc un compromis technique à faire entre la discrétion d’un compact qui vous fait passer pour un touriste et la relative faiblesse de son autofocus. Il est clair qu’avec mon 5D et le 28-70 f2.8, j’aurais eu un focus impeccable à chaque fois mais je ne suis pas certain que j’aurais pu approcher les gens aussi facilement sans les effrayer par le côté intrusif d’un matériel imposant. Ca mériterait quand même un essai une prochaine fois, même si je me sens vraiment à l’aise avec le X100 dans la rue.

En conclusion de cette première approche de la photo « candid », je citerais le commentaire de Ben sur ma tentative de rapprochement qui dit ceci en substance :

Rechercher le « plus près » à tout prix n’a pas vraiment de sens en soi à part l’autosatisfaction de savoir qu’on en est capable. Cela n’a de sens que si cela permet de prendre du plaisir à photographier et faire des photos qui donnent du plaisir.

Je partage complètement cet avis. La première étape est franchie, elle m’a surtout permis d’apprendre la technique et vérifier mes limites. Je ne vais pas me consacrer exclusivement à ce type de photographie, trop de sujets m’intéressent par ailleurs mais ces essais devraient me permettre d’être moins démuni le jour ou une scène se présentera : savoir faire une photo techniquement acceptable mais surtout oser faire l’image.

7 réponses sur « Plein cadre »

Je suis entièrement d’accord avec la dernière partie. Se rapprocher est une chose, en tirer quelque chose en est une autre. J’ai entrepris un peu le même défi au cours de l’année dernière. Je suis loin d’être très à l’aise encore mais je réagis plus vite et avec moins d’hésitation qu’avant.

Bravo ! D’après ces photos, j’ai l’impression que la réaction des gens est globalement bonne face à ton intrusion. Pas de regard surpris, effrayé ou courroucé.
Ca veut dire, je crois, qu’ils ressentent de la franchise et de bonnes intentions de ta part. 80% du travail est fait !

Merci Samuel. Effectivement c’est la bonne surprise, les gens sont plutôt conciliants ce qui prouve que l’appréhension que l’on peut avoir pour faire ce type de photos est assez irrationnelle.

Un article qui devrait inciter les photographes débutants à la rencontre de leurs sujets. Tu t’affranchis pas mal. Je rappellerai l’adage de Capa « Pour faire de bonnes photos, il faut s’approcher et quand vous êtes près, rapprochez-vous encore. »
Bonne continuation et bonnes photos.

bien mais si les prises de vue raté beaucoup cause iso auto et la mesure matricielle ensuite vitesse pas très élevée ; Photographier, c’est d’abord capter la lumière la même cette gestion de la lumière qui permet ou interdit la réalisation d’une image.

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