Tentative de rapprochement

Un mois s’est écoulé depuis mes premières tentatives de photographie de rue. Ou plutôt mes premières tentatives de photographie de gens. J’avais alors évoqué la principale difficulté de ce genre photographique : l’engagement. Car photographier des gens, nécessite de s’approcher physiquement pour pouvoir capter leur regard, leur expression. (j’exclue complètement l’utilisation d’une focale longue qui donne aux images un air de photo volée). Et ce rapprochement physique entraîne inévitablement un rapprochement humain, la principale source d’angoisse des gens réservés. Cette peur est inévitable : peur de déranger, peur du contact avec des inconnus, peur de devoir s’expliquer et surtout peur du potentiel conflit.

Je lis actuellement les excellents e-books de Thomas Leuthard, alias @85mm_CH, dont j’adore les photos. En quelques mois cet amateur s’est forgé une solide réputation de street photographe et il n’est pas avare de conseils. Selon lui, il existe trois méthodes pour photographier des gens dans la rue : leur demander l’autorisation au préalable, les photographier discrètement sans qu’ils s’en aperçoivent ou bien les photographier par surprise mais spontanément. S’il a fait le choix de ne faire que des photos spontanées au plus près des gens, je pense que chaque approche a sa place selon le sujet, même s’il est clair que la troisième catégorie permet de réaliser les meilleurs images, celles ou on sent la proximité du photographe avec son sujet. Mais c’est aussi la plus difficile. Vous pouvez voir Thomas à l’oeuvre dans cette vidéo.

En lisant ses conseils, je me suis clairement demandé si ce type de photographie était fait pour moi. J’ai d’ailleurs pris conscience de la montagne au pied de laquelle je me trouve si je veux réussir ne serait-ce qu’une seule des photos qu’il présente. Car ce type a un culot monstre, c’est la clé de son talent. Sans être aussi agressif qu’un Bruce Gilden, il démontre quand même une assurance impressionnante pour approcher les gens, leur voler une image et partir comme si de rien n’était. Une attitude qui peut me mettre mal à l’aise en la voyant, alors de là à la pratiquer… d’où mes incertitudes.

Mais le meilleur moyen de connaître ses limites c’est déjà de tenter. Mon objectif pour les prochaines semaines est donc clair : photographier les gens de près, peu importe si la photo est intéressante pour le moment. Cela me permet aussi, dans un premier temps, de choisir mes sujets. Il y a des gens avec lesquels on peut se sentir plus à l’aise ou pour lesquels on ressent moins le risque de conflit.

Evidemment ce n’est pas une fin en soi. Une fois cette première barrière franchie, il sera alors temps de passer à l’étape suivante : faire des photos intéressantes, des images où il se passe quelque chose.

Voici quelques images, prises ces derniers jours, pour illustrer les erreurs à ne pas commettre. En analysant mes erreurs, j’essaie d’identifier les comportements qui nuisent à l’atteinte de mes objectifs. On commence par les défauts rédhibitoires, puis quelques raisons d’espérer…

Les défauts

Les photos de loin

Elles ne peuvent être intéressantes que si le décor joue un rôle dans l’image. Ce n’est pas vraiment le cas avec ces trois images :

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Les photos de dos

C’est clairement le premier défaut à éliminer. J’en fais de moins en moins. Voici deux exemples pour lesquels ce n’est pas forcément gênant :

Les photos floues

Comme dans toute discipline photographique, le flou non maîtrisé ruine souvent une image. Photographier des gens qui marchent est un risque supplémentaire d’avoir des images floues. C’est aussi parce que j’ai voulu prendre ces gens sans me faire remarquer que j’ai dû préparer mon cadrage et ma mise au point. Cela amène une difficulté technique supplémentaire : le sujet peut ne pas se trouver exactement au point de focus. Ici j’ai complètement oublié de vérifier mes vitesses, pris dans le feu de l’action !

Pour celle-ci aussi, la précipitation m’a fait oublier de modifier mes réglages : 1/13s dans le métro, c’est pas assez !

Des espoirs

Pour finir sur une note positive, il y a quand même eu quelques images réussies, au moins techniquement.

Sans se faire remarquer

A condition de bien préparer ses réglages de prise de vue, on peut prendre des images sans se faire remarquer. Même si elles n’ont pas d’intérêt particulier, elles sont techniquement acceptables :

S’engager

Et puis finalement, j’ai réussi à faire quelques photos pour lesquelles je me suis engagé un peu plus. Ces images prises avec mon X100 et donc au 35 mm m’ont obligé à me placer assez proche des sujets. Ce sont clairement les images que je préfère et tout particulièrement la dernière car j’ai pu capter le regard du cuisinier.

9 réponses sur « Tentative de rapprochement »

Un article bien sympa.
Ces questions se posent à pas mal de photographes et rares sont ceux qui osent être aussi honnêtes que toi.
Mon point de vue c’est que la course au « toujours plus près, toujours plus gauffré » n’a pas vraiment de sens au final. Même si je comprends l’envie « d’y arriver » pour pouvoir dire « photo de près: check ».
L’important reste toujours de sortir des photos qui te plaisent et, pour y parvenir, même dans la rue, il n’y a surement pas que cette méthode là.

PS: Thomas Leuthard ne renierait probablement pas la dernière photo de ton billet 😉

Merci Ben,
Tu as raison, il n’y a pas que cette méthode là. C’est vraiment un test pour moi car je pars d’assez loin (au sens propre comme figuré).
Après, c’est assez éloigné de ma nature donc : 1, je ne suis pas sûr d’y arriver. 2, je ne suis pas certain de conserver cette façon de travailler.
C’est juste un exercice, un test, un challenge qui doit me permettre de mieux me connaître mes limites.
Comme tu le dis, le principal est de prendre du plaisir à photographier… donc on verra bien 😉

Encore un très bon article, honnête et sincère dans ton ressenti, ce qui est marrant c’est que je me retrouve dans tes propos. Je suis d’un naturel réservé et vraiment pas du genre à me faire remarquer, je sais que ce type d’exercice serait extrêmement difficile pour moi.
Pour autant, je pense que ce type de photo se révèle être plus « simple » à réaliser à l’étranger, les français sont d’un naturel méfiant et pas des plus aimables malheureusement, la plupart des gens se sentiront très vite agressés même si la démarche de prise de vue est soft. Alors qu’a l’étranger les gens se prêtent plus facilement au jeu et se sentent même flattés, on sent de suite qu’ils sont plus ouverts, ils restent tout de même surpris de la démarche.
Deux coups de coeur dans cette série, la photo avec le graff (j’aurais viré le bras à droite) et la dernière qui est magique! bravo

Merci Aurélien pour ton message.
Ce sont aussi mes deux images préférées (par contre c’est vrai que j’ai oublié le bras du graff – impardonnable 😉

Tu as peut être raison sur le fait que c’est plus facile à l’étranger. En plus on passe plus facilement pour un touriste et les gens sont plus conciliants.
Mais rien n’empêche aussi de faire comme un touriste en France (c’est un des conseil de Thomas Leuthard dans son ebook), c’est ce que je vais essayer de faire…

Très sympa, cet article. J’aime beaucoup Thomas Leuthard mais c’est dingue d’être aussi près pour photographier et de repartir ensuite avec ce flegme… Le chemin est encore long… Tu te débrouilles déjà très bien en tous cas ! 🙂

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