Adrénaline

“L’adrénaline est une hormone appartenant à la famille des catécholamines. Cette molécule porte aussi le nom d’épinéphrine. L’adrénaline est sécrétée en réponse à un état de stress ou en vue d’une activité physique, entraînant une accélération du rythme cardiaque, une augmentation de la vitesse des contractions du cœur, une hausse de la pression artérielle, une dilatation des bronches ainsi que des pupilles. Elle répond à un besoin d’énergie, par exemple pour faire face au danger.”

Adrénaline et photographie de rue sont intimement liées. On pourrait presque faire un parallèle entre leur deux définitions :

“La photographie de rue est une pratique appartenant au domaine de la photographie. Cette pratique porte aussi le nom de street photography. La photographie de rue se développe en réponse à un état d’empathie ou en vue d’une activité documentaire, entraînant une accélération du rythme cardiaque, une augmentation de la vitesse des contractions du coeur, de la pression sur le déclencheur, une dilatation du diaphragme (f/2) ainsi que des pupilles. Elle répond à un besoin inexpliqué, et nécessite parfois de faire face au danger”

Au-delà de cette exercice amusant, il faut avouer que la gestion de l’adrénaline lorsque l’on pratique de la photo de rue sur le vif est certainement le point le plus délicat à maîtriser. Je me dis que tous les photographes de rue sont confrontés à cette peur et qu’ils doivent être rares ceux qui ont réussi à la surmonter. J’ai même le sentiment que lorsque cette appréhension me quittera, je n’aurai plus l’envie de photographier dans la rue. Car cette libération d’adrénaline, même si elle peut faire manquer beaucoup de clichés par le simple fait de ne pas oser déclencher, peut aussi être une alliée primordiale à tous les stades de la prise de vue sur le vif :

  1. Avant de partir, savoir que l’on va être confronté à des situations de stress fait partie du jeu. Cette touche de piment, en offrant un défi supplémentaire à relever, fait de la photographie de rue un challenge motivant.
  2. En repérage, l’adrénaline agit comme un indicateur. Lorsqu’un sujet potentiel se présente, l’apparition des symptômes du stress peut être interprété comme le signe que la situation vaut la photo. Sur ce point j’apporterai cependant un bémol. Je ne considère pas la photographie de rue comme une course à la photo la plus difficile ou la recherche systématique de la situation de danger. Une bonne photo de rue n’est pas forcément celle où l’on ressent le risque pris par le photographe, celui-ci doit s’effacer derrière son sujet. La photo ne doit pas être un faire-valoir. Il est donc important de faire le tri lorsque l’indicateur “adrénaline” se présente devant un sujet : ne déclencher que si le résultat vous paraît intéressant et pas seulement pour flatter son égo. En plus, cela permettra de garder son énergie pour d’autres situations qui auront plus de valeur photographique.
  3. Au moment du déclenchement, la montée d’adrénaline peut faire faire des erreurs mais j’ai remarqué que l’enjeu d’une photo sur le vif oblige souvent à être plus lucide. Car en ayant conscience que l’occasion est unique (la plupart du temps, on ne pourra faire qu’un déclenchement), on est plus vigilant sur les aspects techniques.
  4. Enfin, au moment de quitter son sujet, le stress de la situation permet d’être conscient du potentiel “danger” d’être harponné par la personne que l’on photographie. L’appréhension permet d’anticiper la réaction et d’avoir la bonne attitude : sourire, dire merci, engager la conversation ou même parfois partir tout simplement comme si de rien n’était (la technique de Thomas Lieutard).

Pour illustrer mon propos, voici trois de mes dernières images qui m’ont valu un pic d’adrénaline.

Pour cette photo prise dans le métro, je dois dire que le stress était en grande partie dû au fait que je ne pouvais échapper à la situation de confrontation si la personne se réveillait et s’en prenait à moi : j’étais assis juste en face et impossible de quitter la rame en marche…Mais si j’ai publié cette photo, ce n’est pas pour le challenge qu’elle offrait mais parce que le sujet me semblait intéressant : le visage apaisé de cette femme qui contraste avec l’agitation du métro.

Une situation similaire pour cette deuxième photo bien que le stress était beaucoup moins présent tellement la jeune femme était dans son monde. J’ai pu déclencher plusieurs fois et faire attention aux aspects techniques. Curieusement, le stress est survenu après le déclenchement quand je me suis aperçu que tous les passants dans la rue me regardaient la photographier.

Pour finir, une image qui m’a confronté pour la première fois au mécontentement de la personne que je photographiais. Au moment où j’ai déclenché, le garçon a commencé à élever la voix : je n’ai pas insisté, juste souri et dit “merci”. Visiblement rassurés sur mes intentions, ils m’ont juste souri en retour et j’ai pu partir sans avoir à négocier. Ceci dit je ne me donnais pas une chance sur cent s’il avait voulu me poursuivre vu nos âges respectifs…


Au final il ne faut pas oublier que la recherche d’adrénaline que suscite la photo de rue sur le vif ne doit pas être le principal objectif mais un des facteurs à apprivoiser pour réussir.

13 réponses sur « Adrénaline »

Très intéressant…c’est justement pour ça que j’avais un peu freiné la photo de rue.
Tes 3 exemples illustrent bien tes propos car ce sont avant tout 3 belles photos et que à part sur la dernière, on ne ressent pas le danger dont tu parles.
La dernière est d’ailleurs pour moi la plus réussi grâce à ce contact visuel et à l’expression du jeune homme!

Merci !
Le « problème » avec la street photo c’est que cela devient une drogue assez vite. Aujourd’hui je n’imagine pas aller à Paris sans mon X100 et revenir sans au moins une petite photo avec des gens dessus.

La rue n’étant pas mon environnement photo « naturel », je me sens toujours freiné à cause de ce petit côté stressant de la peur d’être repéré et de devoir s’explique.

Je l’ai tenté en Afrique, vite repéré et menacé dans bien souvent des cas, rapidement racketté par la communauté locale, pas simple !

Commen fais-tu d’ailleurs vis-à-vis du droit à l’image ? Tu informes les personnes qu’elles viennent d’être immortalisées ou bien tu restes discret à tous de vues ?

Je crois que c’est très différent d’un pays à l’autre en raison des différences culturelles et du rapport à l’image. Je pense que Paris est un endroit « facile » car il y a énormément de touristes et les gens sont habitués à être pris en photo.

En général les gens que je photographie s’aperçoivent après coup que je les ai pris, je compte sur ceux qui ne veulent pas être photographiés pour me le dire. Auquel cas je peux supprimer le cliché, mais ça ne m’est jamais arrivé : un petit sourire, un merci et les gens sont très coopératifs.

« Une bonne photo de rue n’est pas forcément celle où l’on ressent le risque pris par le photographe, celui-ci doit s’effacer derrière son sujet. La photo ne doit pas être un faire-valoir. Il est donc important de faire le tri lorsque l’indicateur “adrénaline” se présente devant un sujet : ne déclencher que si le résultat vous paraît intéressant et pas seulement pour flatter son égo. »

Bonjour,
Je suis entièrement d’accord avec ta vision de la photographie de rue 🙂

Bravo pour ton site, très intéressant.

Voici ma galerie Fickr au passage… pour les curieux 🙂
http://www.flickr.com/photos/gregramirez/

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