Dilemme aux Cyclades

Dilemme aux Cyclades

Un photographe en vacances, même amateur, doit-il se transformer en touriste clic-clac ? C’est une question qui m’avait déjà préoccupé il y a quelques mois. Mes dernières vacances en Grèce m’ont à nouveau confronté à ce dilemme (du grec δί-λημμα ou dilemma « double proposition ») : faire des photos des sites touristiques ou bien ramener des clichés différents ?

En réalité il n’y a pas vraiment de réponse à cette question car il n’y a pas forcément de choix à faire. Lorsqu’on part en vacances on peut toujours faire des images dites « touristiques » ne serait-ce que pour les partager au retour avec sa famille et ses amis et surtout pour la valeur de souvenir qu’elles ont. Car dix ans après un voyage, la mémoires s’est effacée et même les sites les plus emblématiques d’une destination ont perdu de leur netteté. Revoir des photos de Times Square, du Parthénon, de l’opéra de Sydney plusieurs années après les avoir prises est toujours un plaisir même si ces images ressemblent à celles que l’on trouve sur internet, leur valeur affective dépasse de loin leur valeur photographique.

Ceci dit j’ai du mal à me contenter de ces clichés lorsque je suis en voyage. J’ai envie de rapporter quelque chose de plus, quelque chose de différent, quelque chose qui me donne aussi une forme de bonne conscience de ne pas avoir fait des images comme les autres (j’avoue). La forme idéale pour raconter une destination est évidemment le reportage mais je n’ai pas l’âme d’un reporter. La street photo pourrait s’en approcher, mais curieusement il m’a été quasiment impossible de prendre des gens en photo en Grèce. En tant que touriste, j’avais cette impression de ne pas avoir ce droit de m’imposer aux personnes qui m’accueillent, l’impression de m’imiscer trop fortement dans leur quotidien et de les déranger. Je n’ai pas cette retenue à Paris car je photographie des gens qui sont des Parisiens, comme moi. Une attitude un peu étrange qu’il faudra que je surmonte si je veux un jour progresser dans mes portraits de rue. La seule photo « street » de mes vacances : la voici, un peintre sur le toit d’une chapelle à Santorin.

Heureusement la street photo ne se limite pas à photographier des gens. Photographier l’environnement où vivent ces gens en fait partie aussi – même si cette vision de la street photo est loin d’être partagée par tous. Je pense qu’on peut rapporter un petit bout de l’atmosphère d’un lieu et la façon dont les gens y vivent sans faire apparaître des personnes sur l’image. L’atmosphère d’une ville ou d’un pays étranger nous parait souvent différente non pas seulement au travers des différences entre les gens mais bien plus encore au travers de petits détails du cadre de leur vie. Les taxis, les boites aux lettres, les panneaux de signalisation, les feux, les enseignes des magasins, les routes nous en disent souvent beaucoup plus sur un pays que la simple observation de ses habitants.

C’est donc un extrait tout particulier de mes photos grecques (Paros et Santorin) que je vous propose aujourd’hui. Pas de jolies maisons aux murs blancs, pas de coucher de soleil, pas de petit port de pêche ici (ce qui ne veut pas dire que certains de ces clichés n’auront pas droit à un petit tour sur flickr).

Les installations électriques, comme dans beaucoup de pays du Sud, sont très visibles : parce qu’il n’y a pas eu d’effacement des réseaux, parce que les tranformateurs sont nichés en haut des poteaux et parce que les compteurs individuels sont en façade des maisons. Une occasion idéale pour faire quelques clichés graphiques :

 

Et puis au détour d’une rue ou d’un chemin…