J’ai craqué. J’ai acheté le Canon 24-70 f/2.8L II. Lorsque cet objectif est sorti je pensais qu’il ne serait jamais pour moi en raison de son tarif stratosphérique (2300€ si mes souvenirs sont bons). J’avais donc jeté mon dévolu sur d’autres joujoux. Le Sigma 35 f/1.4 me faisait de l’oeil. Et puis le X100S sorti, je me suis posé la question du remplacement de mon X100 par ce nouveau modèle plus véloce. Pour couronner le tout mon Canon 28-70 f/2.8 L commençait à accuser ses quinze ans et malgré un recalage “au mieux” chez Canon, il fallait que je pense à son remplacement. Sachant que je ne pouvais faire qu’une seule de ces trois opérations, la déception des dernières images avec le 28-70 a fixé la priorité d’elle-même. Sur les conseils avisés de mes contacts Twitter, le Tamron 24-70 semblait être la meilleure option. Et puis tout a basculé. Il y a d’abord eu l’article de Marc Charbonnier qui reprenait l’annonce de l’opération cashback par Canon. 300€ pour le 24-70, c’est pas mal, surtout que je m’aperçois aussi que le prix a déjà pas mal diminué, moins de 2000€ chez Cirque photo. En ajoutant la reprise de mon 28-70 qui vaut encore quelques centaines d’euros je me dis que cela vaut la peine du regarder de plus près et surtout me donne un prétexte pour rester chez Canon. Je sais c’est idiot mais psychologiquement j’avais un peu de mal à abandonner la série L pour aller chez Tamron. Bref j’ai craqué.
Je suis allé au Château de Versailles. C’est un endroit à la fois étrange et familier. Parce qu’il est un passage obligé des cours d’histoire de tous les petits élèves français, il appartient à l’imaginaire collectif. Sublimé par l’image rayonnante que l’on donne du roi Soleil, les enfants que nous avons été voient Versailles comme un endroit un peu magique. Cette image a traversé les frontières et tout visiteur étranger qui se rend en France se doit d’y aller. C’est aussi pour cela que c’est un lieu étrange. Le château est devenu un musée et un musée quelque part tient un peu du sépulcre. Un lieu transformé pour le visiteur, organisé pour le recevoir mais qui a pour cela du vendre une partie de son âme. A Versailles, les touristes sont plus visibles que le château, c’est la rançon de sa gloire passée.
Les errements sur le web en passant d’un site à un autre répondent rarement à une logique rationnelle et pourtant aboutissent parfois à des découvertes passionnantes. Ainsi je pars d’un article de Robert Agcaoili (MacDrifter que je suis via Google reader1) qui cite un article de Tulio Jarocki (que je suis désormais sur Google reader) décrivant sa façon d’utilliser DayOne pour enregistrer ses avis sur les films et les livres. Le blog de Tulio semble intéressant et je commence à fouiller parmi ses articles . Je tombe alors sur un article intitulé Medium avec un grand M en image d’accroche. Me voilà en un clic sur le site de Medium et essayant de comprendre ce dont il s’agit.
Quand on visite une ville pour la première fois, c’est un peu un coup pour rien. Non pas qu’on n’y voit rien d’intéressant, mais cela se limite bien souvent à une couche superficielle. On croit avoir vu l’essentiel mais en fait ce n’est que l’écorce de l’orange, la pulpe est encore loin. Il faut y retourner pour savoir réellement comment bat le coeur d’une ville. Je veux parler de ce qu’y vivent ses habitants. C’est un peu ce qui s’est passé avec mon weekend à Bruxelles. J’ai vu Bruxelles mais je ne peut pas encore dire, je connais Bruxelles.
Ona Bags fait partie de ces nouvelles marques chics et branchées. Surfant sur la vague du vintage, ces marques ont néanmoins retenu les leçons du marketing high-tech – on pense à Apple. Le produit doit se faire désirer pour devenir un besoin vital, irrationnel. On le voit, on le veux. C’est cher ? Oui c’est cher mais on nous promet la qualité et ce petit plus qui vous rend unique parce que vous possédez “l’objet”. Cependant, l’image d’un produit ne fait pas tout, il doit remplir le contrat sous peine de passer de la gloire à l’oubli illico. En bon client (bonne poire serait plus juste) de ce genre de marques, le sac Brixton m’a tapé dans l’œil. Voyons s’il mérite le désir qu’il inspire.
Le marché des enfants rouges donne à la rue de Bretagne une animation que beaucoup de quatiers parisiens doivent envier. En quête de sujets pour tester mon objectif tout frais sorti du SAV (un Canon 28-70 f/2.8L qui avait besoin d’un coup de jeune après 15 ans de service), c’est l’endroit rêvé car s’y promener est l’assurance de découvertes à chaque fois renouvelées.
Le camion bariolé d’un commerçant m’intéresse et je commence à faire quelques images.
- Eh, M’sieur !
Grrrrr, je sens que je n’aurais pas dû photographier et que je vais faire un mécontent. Je me retourne nonchalament prêt à recevoir les récriminations.
Ce dimanche matin a un air printanier. Et même si la chaleur du soleil ne parvient pas à faire oublier le vent glacial, l’idée d’une escapade vient tout naturellement. Justement, mon frère me propose de l’accompagner avec ses amis à une brocante. Non pas la brocante de village habituelle, celle où l’on trouve par douzaines des tasses orphelines, des assiettes aux décors improbables ou des vêtements que même Cloclo refuserait de porter aujourd’hui. Rien de tout cela ici. Le petit village où nous nous rendons devient l’espace d’une journée le rassemblement des amateurs de tôle souvent froissée et de mécaniques toujours cahotantes, un rassemblement d’amateurs de voitures anciennes.
La manifestation est modeste mais l’enthousiasme n’en est pas moins là, et les visiteurs se pressent devant les quelques modèles exposés de chaque côté de la rue. Nous nous attardons juste ce qu’il faut pour ne pas être congelés sur place et rejoignons le lieu de la brocante. Les moins chanceux des exposants ont hérité d’un stand en plein air. On mesure ici toute la passion de ces marchands amateurs qui tapent des pieds et soufflent dans leur main en attendant l’acheteur providentiel. Ici, tout ce qui peut se rapporter de près ou de loin à l’univers de l’automobile peut se trouver. En témoigne cette collection de panneaux indicateurs au milieu desquels trône un matelas pneumatique Fina des années 70 (notez la mise en scène à la fois coquine et républicaine).
Après un rapide tour, nous nous pressons comme beaucoup vers l’intérieur de la salle de sport. Ici l’ambiance est plus animée, les travées d’exposant remplissent la salle et la relative chaleur n’est pas pour rien dans ce regain d’animation. Il faut être connaisseur et savoir ce que l’on cherche pour s’y retrouver dans ce capharnaüm d’objets : pièces mécaniques, phares, roues, ampoules, manuels mécaniques, bidons d’huile, compteurs, fusibles, boutons en tout genre, poignées de porte, voitures miniatures, affiches publicitaires, porte-clés, etc, etc.
Mon frère qui cherchait des enjoliveurs pour sa dernière acquisition n’a pas trouvé son bonheur, il faut dire que rien n’est étiqueté et que la plupart des objets sont empilés sans ménagement. En une heure nous avions fait le tour, direction le bar pour un vin chaud salvateur.
Au retour, nous passons déposer chez lui un des amis de mon frère. C’est un jeune dans la vingtaine qui perpétue la passion de son père pour les tracteurs anciens. Ils en ont plusieurs dizaines (centaines peut être) qu’ils vont chercher aux quatre coins d’Europe et qu’ils restaurent. Il nous montre quelques exemplaires de sa collection dont ce Case de 1906 entièrement restauré (il ne restait que le moteur et le châssis) et le seul exemplaire encore roulant.
De retour en région parisienne, j’ai conscience que cette matinée est de celle qui font les bons souvenirs, les souvenirs que l’on n’oublie plus. Le fait d’avoir partagé un moment avec mon frère, que je ne vois pas souvent y est pour beaucoup. Celui d’être au contact de la vie provinciale aussi, tellement j’ai perdu ce lien avec ces réalités si éloignées des artifices de la vie citadine. Tout simplement d’être parmi les miens. Mais il me semble aussi que la rencontre d’autres passionnés et la partage de leur passion joue pour beaucoup. Je réalise à quel point la passion que j’éprouve pour la photographie a quelque chose d’universel avec tous les passionnés quelqu’ils soient. Réussir à transmettre sa passion même lorsqu’elle touche quelqu’un qui y est à priori étranger rend heureux aussi bien celui qui donne que celui reçoit. La découverte de cet univers, de ce passionné de tracteurs anciens, du partage de quelque chose qui m’était inconnu a été un moment unique et merveilleux.
Quelques liens pour prolonger la lecture :
Entre la Frette et Herblay, on peut longer la Seine sur les rives aménagées, celles qui ont vu les plus grands maîtres de l’impressionnisme produire des chefs d’oeuvre à la pelle. Ici, les rives de la Seine sont abruptes et le chemin que l’on emprunte est tracé sur des espaces verts en bordure de la route qui surplombe. Cette route, ou plutôt cette rue marque ainsi la limite entre la ville et la nature.
Un appareil photo en poche, on peut se prendre pour Pissaro ou Daubigny et céder à la tentation de "la photo de paysage bucolique". Les sujets ne manquent pas : les berges du fleuve, les péniches, les roseaux, les saules, les oiseaux. Clic (juste pour signaler que le X100 fait juste un petit clic et pas un grand clac), les roseaux sont dans la boite. Et après ? Les canards ? Avez-vous remarqué avec quelle frénésie les canards attirent les photographes amateurs, comme si ces bestioles avaient un pouvoir hypnotisant sur tout porteur d’appareil passant à portée d’aile. Le canard est au photographe ce que la Sirène est au marin, un appel irrationnel au suicide photographique.
Un vendredi off, c’est un peu comme un de ces fameux Jeudi. Une journée que je peux entièrement consacrer à la photo et cela faisait bien longtemps. Je vais pouvoir en profiter pour tester quelques petites choses et la première de toutes ma motivation. J’ai très peu publié ces dernières semaines, que ce soit des images ou même des articles de blog. Peut être à cause de cette impression d’être arrivé au bout de quelque chose. Déjà vous dites-vous ? Oui, déjà, j’ai la faculté à épuiser assez vite mon énergie et ma motivation… Si les dernières sorties photo n’ont pas donné grand chose c’est en grande partie parce que l’inspiration créatrice (désolé pour ces gros mots) n’était plus vraiment là. Lors de mes dernières balades, mes yeux ne voyaient plus, les sujets me paraissaient tous banals et déjà vus. À quoi bon prendre en photo des passants qui marchent, des touristes assis aux terrasses. Ces images je les vois par centaines sur le web et elles ne me font rien, juste un grand vide d’émotion. Je les regarde avec le regard bovin d’une charolaise voyant passer toujours les mêmes trains au bout de sa prairie. Alors, si je ne peux plus les voir ces images, pourquoi être assez bête pour en faire moi même et les proposer au regard des autres. Bon, faute de mieux il m’arrive d’en proposer aussi, comme une ou deux dans cet article par exemple.
Je suis allé voir l’exposition de Joël Meyerowitz à la MEP et cela n’a pas vraiment arrangé mes affaires. Ce type à une vision qui transperce le réel, je veux dire par là qu’il voit les choses que le commun des mortels n’aperçoit même pas. Comment oser reprendre un appareil après ce choc et prétendre faire de la photo dans la rue (je ne parle même pas de “photo de rue”).
Et bien si justement, cela ne doit pas empêcher de continuer, d’essayer, même si c’est pour ne jamais réussir. Et cela pour plusieurs raisons.
Ce que j’essaie de faire est à la fois plus simple et plus compliqué. Plus simple dans le but recherché car j’essaie simplement de faire des images qui me plaisent (à moi déjà), progresser et avoir la satisfaction que j’y ai mis suffisamment de coeur pour que cela se voit dans le résultat. Mais c’est aussi plus compliqué car pour arriver à un résultat à la hauteur de ses espoirs, il faut tenter, essayer, trébucher, se relever, réessayer… Une énergie à déployer qui demande de tout donner à sa passion, à commencer par son temps. Mais comme je le disais il y a quelques jours, je pratique une photo au ralenti avec une passion raisonnée. Peu de sorties, peu de photos, peu de résultat, peu de progrès : l’équation est simple. Enfin, je ne vais pas y revenir. J’ai déjà tout dit dans cet article et aussi combien cela m’allait très bien.
Quittons cette divagation philosopho-photographique pour revenir à mon vendredi off. J’ai décidé de laisser mon fidèle X100 dans le sac et tenter à nouveau de photographier des gens avec mon 5DII et le 17-40 f/4. Une configuration qui ajoute à priori de la difficulté car beaucoup moins discrète pour approcher les gens. Mais ce que je clame haut et fort depuis des mois (comme tous les photographes qui s’essayent à la rue) n’est pas totalement exact : en réalité le besoin de discrétion est un leurre pour cacher sa difficulté à approcher les gens. Car de toute façon les gens vous voient les photographier, que ce soit avec un petit compact ou un gros reflex. En ayant pris de l’assurance je m’aperçois que j’arrive maintenant à approcher les gens aussi facilement (ou aussi difficilement) que ce soit avec mon 5D ou mon X100. Je dirais même que le 5D a l’avantage de vous faire passer pour un touriste car vous l’aurez remarqué, tous les touristes à Paris ont des réflex de folie avec des zooms de pros. Cependant le X100 aura toujours un avantage côté pratique par son faible encombrement qui permet de l’avoir toujours sur soi et surtout de pouvoir le sortir sans se faire remarquer si une occasion se présente et lorsque la photo nécessite une approche discrète.
Mon test de ce vendredi off avec le réflex m’a également rappelé une dure réalité du X100 : son autofocus. Il est clair que j’ai fait quelques clichés avec le 5D que je n’aurais pas réussi avec le X100 à cause de son autofocus de compact. Déclencher à la volée avec le 5D est un vrai plaisir et permet de tenter des images dans toutes les situations. La photo du livreur par exemple aurait certainement été impossible avec le X100. Je ne renie pas mon Fuji pour autant car il m’apporte des sensations toutes différentes : c’est mon compagnon de tous les jours, celui qui me donne envie de photographier, celui qui m’a donné mes meilleures images ces derniers mois. Dire si j’attends de tester le X100s avec impatience est une évidence : j’imagine mon X100 gagner un autofocus à la hauteur de mon réflex (ou presque, je ne rêve pas non plus). Le bonheur.
Pour accompagner cet article très décousu, voici les quelques images que j’ai pu collecter. Et en plus, avec de la couleur. Car si je fais essentiellement des photos de rue en noir et blanc il arrive que la couleur soit une évidence pour certaines images. C’est le cas chaque fois que la couleur fait partie intégrante de la photo, lorsqu’elle en est le sujet. Pour toutes les autres images, le noir et blanc s’impose.