Plaisirs solitaires

I Love You

La photo est une pratique solitaire. A toutes les étapes le photographe joue souvent seul. D’ailleurs, j’ai beaucoup de mal à concevoir la photo collective. Même au sein des collectifs photos, il me semble qu’il s’agit plus souvent d’addition d’individualités que de véritable travail collaboratif. On peut jouer de la musique en groupe, on peut même écrire à plusieurs, mais faire une photo à quatre mains me parait improbable.

J’ai fait le constat que je n’arrive à être réellement créatif que lorsque je photographie seul. Les photos que je prends lors de mes balades entre amis le weekend sont le plus souvent le fruit du hasard des rencontres plutôt qu’une vraie démarche de photographe. C’est pour cette raison que j’aime parfois prendre des journées en semaine, pour faire une balade en solitaire. Rappelez-vous, j’ai déjà avoué que j’aimais photographier le jeudi. Etre seul est d’autant plus nécessaire lorsqu’on essaie de photographier dans la rue : il faut prendre son temps, être aux aguets, ne pas hésiter à rester de longues périodes au même endroit. C’est tout sauf une attitude sociale normale, impossible à concilier avec une balade avec des gens. C’est aussi pour cette raison que j’ai beaucoup de réticence à participer à des sorties photo en groupe (même si je ne renonce pas à tester de temps en temps).

Mardi confession

Je n’ai pas l’habitude de raconter ma vie sur ce blog, il y a des sujets plus intéressants. Mais il faut bien l’accepter il est des moments où on ne peut plus cacher certains aspects de sa personnalité. Mes écrits me trahissent, je le sais et je sens dans mon dos les questions qui se posent à mon sujet. Ou plutôt au sujet de ce que je veux vous confesser. Car comme beaucoup d’autres personnes atteintes par cette singularité, en parler est comme un aveu au tribunal. Même si parmi mes juges certains sont aussi comme moi, ils n’osent se l’avouer préférant nier plutôt que de subir les foudres des accusateurs. Il faut que je me jette à l’eau. Je l’avoue, je suis…

Adrénaline

“L’adrénaline est une hormone appartenant à la famille des catécholamines. Cette molécule porte aussi le nom d’épinéphrine. L’adrénaline est sécrétée en réponse à un état de stress ou en vue d’une activité physique, entraînant une accélération du rythme cardiaque, une augmentation de la vitesse des contractions du cœur, une hausse de la pression artérielle, une dilatation des bronches ainsi que des pupilles. Elle répond à un besoin d’énergie, par exemple pour faire face au danger.”

Adrénaline et photographie de rue sont intimement liées. On pourrait presque faire un parallèle entre leur deux définitions :

“La photographie de rue est une pratique appartenant au domaine de la photographie. Cette pratique porte aussi le nom de street photography. La photographie de rue se développe en réponse à un état d’empathie ou en vue d’une activité documentaire, entraînant une accélération du rythme cardiaque, une augmentation de la vitesse des contractions du coeur, de la pression sur le déclencheur, une dilatation du diaphragme (f/2) ainsi que des pupilles. Elle répond à un besoin inexpliqué, et nécessite parfois de faire face au danger”

Au-delà de cette exercice amusant, il faut avouer que la gestion de l’adrénaline lorsque l’on pratique de la photo de rue sur le vif est certainement le point le plus délicat à maîtriser. Je me dis que tous les photographes de rue sont confrontés à cette peur et qu’ils doivent être rares ceux qui ont réussi à la surmonter. J’ai même le sentiment que lorsque cette appréhension me quittera, je n’aurai plus l’envie de photographier dans la rue. Car cette libération d’adrénaline, même si elle peut faire manquer beaucoup de clichés par le simple fait de ne pas oser déclencher, peut aussi être une alliée primordiale à tous les stades de la prise de vue sur le vif :

  1. Avant de partir, savoir que l’on va être confronté à des situations de stress fait partie du jeu. Cette touche de piment, en offrant un défi supplémentaire à relever, fait de la photographie de rue un challenge motivant.
  2. En repérage, l’adrénaline agit comme un indicateur. Lorsqu’un sujet potentiel se présente, l’apparition des symptômes du stress peut être interprété comme le signe que la situation vaut la photo. Sur ce point j’apporterai cependant un bémol. Je ne considère pas la photographie de rue comme une course à la photo la plus difficile ou la recherche systématique de la situation de danger. Une bonne photo de rue n’est pas forcément celle où l’on ressent le risque pris par le photographe, celui-ci doit s’effacer derrière son sujet. La photo ne doit pas être un faire-valoir. Il est donc important de faire le tri lorsque l’indicateur “adrénaline” se présente devant un sujet : ne déclencher que si le résultat vous paraît intéressant et pas seulement pour flatter son égo. En plus, cela permettra de garder son énergie pour d’autres situations qui auront plus de valeur photographique.
  3. Au moment du déclenchement, la montée d’adrénaline peut faire faire des erreurs mais j’ai remarqué que l’enjeu d’une photo sur le vif oblige souvent à être plus lucide. Car en ayant conscience que l’occasion est unique (la plupart du temps, on ne pourra faire qu’un déclenchement), on est plus vigilant sur les aspects techniques.
  4. Enfin, au moment de quitter son sujet, le stress de la situation permet d’être conscient du potentiel “danger” d’être harponné par la personne que l’on photographie. L’appréhension permet d’anticiper la réaction et d’avoir la bonne attitude : sourire, dire merci, engager la conversation ou même parfois partir tout simplement comme si de rien n’était (la technique de Thomas Lieutard).

Pour illustrer mon propos, voici trois de mes dernières images qui m’ont valu un pic d’adrénaline.

Pour cette photo prise dans le métro, je dois dire que le stress était en grande partie dû au fait que je ne pouvais échapper à la situation de confrontation si la personne se réveillait et s’en prenait à moi : j’étais assis juste en face et impossible de quitter la rame en marche…Mais si j’ai publié cette photo, ce n’est pas pour le challenge qu’elle offrait mais parce que le sujet me semblait intéressant : le visage apaisé de cette femme qui contraste avec l’agitation du métro.

Une situation similaire pour cette deuxième photo bien que le stress était beaucoup moins présent tellement la jeune femme était dans son monde. J’ai pu déclencher plusieurs fois et faire attention aux aspects techniques. Curieusement, le stress est survenu après le déclenchement quand je me suis aperçu que tous les passants dans la rue me regardaient la photographier.

Pour finir, une image qui m’a confronté pour la première fois au mécontentement de la personne que je photographiais. Au moment où j’ai déclenché, le garçon a commencé à élever la voix : je n’ai pas insisté, juste souri et dit “merci”. Visiblement rassurés sur mes intentions, ils m’ont juste souri en retour et j’ai pu partir sans avoir à négocier. Ceci dit je ne me donnais pas une chance sur cent s’il avait voulu me poursuivre vu nos âges respectifs…


Au final il ne faut pas oublier que la recherche d’adrénaline que suscite la photo de rue sur le vif ne doit pas être le principal objectif mais un des facteurs à apprivoiser pour réussir.

Néguentropie

Néguentropie est le doux nom que Vincent Lamouroux1 a donné à sa nouvelle oeuvre. C’est l’abbaye de Maubuisson à Saint-Ouen-L’Aumône qui accueille l’artiste habitué des installations d’envergure et souvent déconcertantes. Il suffit de consulter son site internet2 pour avoir un aperçu de la diversité de ses oeuvres. Une diversité des formes qui cherche à illustrer comment la nature lutte contre le choas naturel en développant des schémas organisés : la néguentropie3.

Dilemme aux Cyclades

Un photographe en vacances, même amateur, doit-il se transformer en touriste clic-clac ? C’est une question qui m’avait déjà préoccupé il y a quelques mois. Mes dernières vacances en Grèce m’ont à nouveau confronté à ce dilemme (du grec δί-λημμα ou dilemma « double proposition ») : faire des photos des sites touristiques ou bien ramener des clichés différents ?

En réalité il n’y a pas vraiment de réponse à cette question car il n’y a pas forcément de choix à faire. Lorsqu’on part en vacances on peut toujours faire des images dites « touristiques » ne serait-ce que pour les partager au retour avec sa famille et ses amis et surtout pour la valeur de souvenir qu’elles ont. Car dix ans après un voyage, la mémoires s’est effacée et même les sites les plus emblématiques d’une destination ont perdu de leur netteté. Revoir des photos de Times Square, du Parthénon, de l’opéra de Sydney plusieurs années après les avoir prises est toujours un plaisir même si ces images ressemblent à celles que l’on trouve sur internet, leur valeur affective dépasse de loin leur valeur photographique.

Garden Party

Pas de street photo à vous proposer en ce moment mais quelque chose de plus approprié à la période estivale : de la garden photo. Comme vous le savez peut-être, je suis un lecteur assidu du blog de Jean-Christophe Courte, urbanbike.com. Un blog dont je lis quasiment tous les articles car ils tombent souvent en plein dans le mille sur la cible de mes intérêts. Depuis deux semaines, ce sont pas moins de quatre articles (un, deux, trois, quatre) que Jean-Christophe a publié autour des jardins de la Quintinie à Versailles. Et bien que le jardinage ne soit pas ma passion il a réussi à me donner l’envie d’y faire une petite visite, un escapade photo en Bucolie…

Je ne vais pas m’étendre sur ce que sont ces jardins familiaux (certains disent encore “ouvriers”, alors que “bobos” serait parfois aussi approprié), je vous renvoie sur les excellents articles d’urbanbike. L’accès est relativement aisé, le plus simple étant de venir à pied le long de la pièce d’eau des Suisses sur le côté gauche du château, face à l’Orangerie. Une fois sur place vous vous trouverez portes closes, la zone des jardins étant ceinturée par des grillages et les portes fermées à clés.

Je commence donc à faire quelques images des alentours lorsqu’un des jardiniers co-locataires arrive avec sa brouette et, voyant mon attirail photo, nous propose gentiment de nous faire entrer. Il nous raconte la vie du jardin, le fonctionnement de l’association, les petits problèmes de collocation et surtout le gros problème de la disparition très probable du site dans les prochains mois pour un caprice monarchique des administrateurs du domaine de Versailles. Mais que font les écologistes ?! Une demi-heure de discussion passionnée plus tard, nous voilà enfermés dans le site, parcourant les allées, comparant les jardins et saluant au passage les rares occupants.

Cette sortie était aussi l’occasion de sortir mon objectif Canon EF 100mm f/2.8 Macro USM, que j’avais un peu délaissé depuis mon projet 365. La quasi totalité des images ont été faites avec ce objectif aussi bien à l’aise en macro qu’en petit télé. Evidemment, le X100 était aussi du voyage. En parcourant à nouveau les articles de Jean-Christophe Courte je me rends compte que mes images macro font pâle figure à côté des siennes. J’avoue que j’ai beaucoup de progrès à faire dans ce domaine ce qui confirme que la photo est une inépuisable source d’apprentissage.

Les jardins se répartissent autour d’une allée centrale :

J’ai vu !

Une balade photographique apporte toujours sont lot de surprises. Il m’arrive régulièrement qu’elle se transforme en partie de chasse dont je rentre bredouille. Un peu comme si j’étais parti avec mon appareil photo dans une main et une canne blanche dans l’autre. Aveugle. Et puis il y a des jours de grâce où tout devient évident. Les sujets sautent aux yeux, l’envie est là, les déclenchements s’enchainent. Un phénomène que Bernard Jolivalt (son blog est une mine d’or) a tenté d’analyser sur son article « 5 bonnes photos en 12 minutes ». Samedi était une de ces journées. En deux heures, j’ai vu plus de sujets qu’en un mois. Je ne dirais pas que j’ai fait le plein de bonnes photos, mais le plein de plaisir de les faire. Je peux dire que ce jour là : j’ai vu !

Mes meilleurs photos


Ma bibliothèque lightroom est pleine de bonnes photos. Des photos bien meilleures que toutes celles que vous avez pu voir dans mes galeries. Vous vous dites que je suis vaniteux, prétentieux, vantard, mythomane, hâbleur, matamore voire bonisseur ? Vous ne demandez qu’à voir ? En réalité si vous n’avez jamais vu ces photos c’est qu’il y a une bonne raison : elles sont ratées. Oui, mes meilleurs photos sont celles que j’ai ratées.

De rouille et d’huile

Mon frère et mon neveu sont des dingues de mécaniques. Mais pas n’importe quelles mécaniques. Une Ferrari 458 Italia (merci Wikipedia) les laissera de marbre. Par contre une R8, une Renault R8 pas une Audi R8, c’est une autre affaire. Tout véhicule qui a plus de 20 ans est un trésor à leur yeux. Et si en plus il y a un peu de rouille et d’huile sous le capot c’est encore mieux. Leur petite collection commence à grossir, attendant sagement d’être restaurée. Récemment, mon frère a fait deux nouvelles acquisitions : une camionnette Mercedes dont je ne connais pas le modèle (mais très vieille) et un autocar Mercedes 302, l’autocar des sorties scolaires de ma jeunesse. Impossible de ne pas faire quelques images.

Photos bancales

Un grand week-end pour faire des photos, du soleil, des sorties, de l’envie. Tout était au rendez-vous pour ramener des images intéressantes. Mais…Depuis que jai commencé à photographier des gens, j’avoue que les moments de désillusion sont plus fréquents que les succès. La faute à mon manque naturel de culot et à une maîtrise très imparfaite du « délicat » X100. Je ne m’apitoie pas plus longtemps sur mon sort qui est – si j’ai bien compris – le lot quotidien de ceux qui se frottent à ce type de photographie.

Au retour à la maison, chargement du tout dans Lightroom pour voir si par hasard une image n’aurait pas échappé au désastre. Je réussis à sauver ce cliché du naufrage photographique de la session. Et puis je tombe sur cette image :